Comme chez Guédiguian- 21 Mai 2007
En arrivant dans le Sud de la France, j'avais toujours en mémoire la fameuse courette de Marius et Jeannette, véritable extension des maisons de la placette, scène de théâtre où tout se déroulait, où Jeannette échangeait sel et poivre avec ses voisins, mais aussi petits et grands soucis, et discussions de marseillais bien évidemment.
Dans notre maison de village aux Milles, dès le premier soir de notre arrivée, j'ai souvent eu l'impression d'être dans le film, pour de vrai.
Nous nous sommes d'abord fait royalement rabroués par un voisin lorsque Emmanuel a dû faire 36 manoeuvres pour garer le camion de déménagement devant la maison à 1 heure du matin.
Voix hurlante, à travers la fenêtre et les volets, du gars allongé sur son lit :
"- Eh Oh, tu-i vas l'arrêter ton putaing de camiong oui !"
Réponse d'un autre voisin, qui a ouvert sa fenêtre et nous a aidé de là haut pour la manoeuvre ultra-délicate pour le camion, et avec qui nous avions heureusement déjà lié connaissance la veille :
" - T'ing-quiètes pas Michel, ça va, ça va."
Etant donnée l'intensité de la voix du Michel qui continua de résonner tant que nous n'avions pas éteint le moteur du camion, nous étions quand même plus rassurés d'avoir un provençal sous la main pour calmer un autre provençal, si besoin était !!
Heureusement nous avons vite enchaîné par les bons moments.
Apéritifs dans la courette, avec prolongations nocturnes et râlouilleries de ceux qui étaient partis se coucher (trop) tôt et qu'on empêchait de dormir, discussions d'une fenêtre à l'autre, adoption des chats des voisins, échanges d'enfants, papotage avec la doyenne de la placette, Marie-France, tellement incapable de se séparer d'une chose, qu'elle a fini par accumuler un immonde bric-à-brac à l'intérieur, mais aussi à l'extérieur de chez elle.
La placette en est d'ailleurs diminuée de moitié, mais les voisins ne lui en tiennent pas rigueur, dans une tolérance pour le coup très française (en Australie, elle aurait eu le droit à des mots anonymes, puis à de grosses pressions pour virer les meubles décrépits amassés dehors, devant chez elle.)
Un jour je trouvai Marie-France désespérée devant son bric-à-brac. Elle me montra plusieurs grosses barres de ferraille et m'expliqua qu'on lui en voulait, et que des gens s'amusaient régulièrement à lui casser des objets qu'elle avait entassés dehors. Pour ma part, je ne trouvai pas que sa brocante de plein air semblât plus dégradée qu'auparavant, mais devant son visible désarroi, je lui proposai de l'aider à bouger les barres de ferraille qu'on lui aurait donc déposées par méchanceté.
Nous débarrassâmes ainsi la barre la plus énorme à côté des bennes à ordures communes à tout le quartier.
Le lendemain, Marie-France me rapporta que nous avions fait une grosse bourde : la barre en question était une attache caravane, que des voisins avaient laissée au pied de leur escalier, et non loin du bric-à-brac de Marie-France donc, dans l'intention de la remonter chez eux un plus tard ! Entre temps j'étais passée par là avec mon entraide mal placée !
La barre déposée à côté de la benne à ordures avait été vite récupérée par quelqu'un d'autre dans le quartier, et nous n'avions plus d'espoir de la retrouver !
C'est ainsi que j'ai su que les voisins dépossédés de leur barre, étaient, d'abord charmants car ils ne nous en ont pas tenu rigueur, mais aussi en partie néozélandais !
Plus tard je faisais connaissance de la frêle et québécoise Karine grâce à Bachibouzouk, son chat coincé sur notre toit.
Encore plus tard, l'Afrique débarquait dans la courette via un nouvel étudiant congolais, dans la maison mitoyenne de la nôtre...
Nous sommes malheureusement partis trop tôt pour pouvoir assister au repas annuel de la placette, qui se déroule dehors, au beau milieu de celle-ci, entre tous les voisins.
Maintenant, nous sommes dans une maison familiale à Luynes, certes cossue par rapport à celle des Milles, mais dans la campagne ; tous les voisins ont l'air d'avoir bien réussi dans la vie, et se sont enmurés chez eux (cela semble aller de pair en France ?!).
Pour le coup, question ambiance provençale, nous sommes plutôts passés du côté des "gengs de la ville", dans le monde du Papet et d'Ugolin.
Faut qu'on se dépêche de trouver la source, avant qu'ils aient notre peau !
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