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Convivialité provençale bis
Le provençal au volant est une espèce absolument fascinante à étudier, et pour le moins surprenante pour qui ne la connaît pas du tout.
Le nouvel arrivé dans la plus belle région de France - ô pardon du monde - aura tendance à trouver l'animal peu sympathique dans un premier temps.
Première règle de survie de base : ne jamais, ô grand jamais, circuler avec une voiture immatriculée en 75 en PACA. Franchement, à part Hara Kiri, je ne vois pas d'autre meilleure méthode pour vous suicider.
Donc une fois fraîchement équipé de votre jolie plaque en 13 (celui là porte bonheur, vous l'aurez compris), vous voilà prêts à affronter les routes du Sud et à en apprendre les règles de circulation.
Tout démarrage au feu avec plus d'un millionième de seconde de retard se verra gratifié d'un coup de klaxon à réveiller tout le quartier, quelle que soit l'heure.
Le deuxième couloir de circulation sur une route à double voie est généralement considérée comme l'extension de la terrasse du café, ou s'il n'y a pas de café, comme le dernier salon où l'on cause.
A bannir définitivement d'utilisation sauf si la saison de ski est vraiment trop loin derrière et que vous êtes en manque de slalom.
Le problème ci-dessus évoqué se corse considérablement quand la voie n'est plus qu'une, mais que la causerie s'y déroule de la même façon.
Les variantes sont multiples : toujours un interlocuteur dans un véhicule qui prend toute la chaussée, mais l'autre intervenant peut être piéton simple, ou un cycliste, ou un habitant de la maison voisine, hélant l'autre du haut de sa fenêtre.
Un seul point commun : plus rien n'existe autour, et vous êtes persuadé qu'ils vont bientôt sortir le pastis et entamer une partie de carte à la César et Panisse exactement à l'endroit où ils sont plantés.
Défense absolue de klaxonner, ou vous vous ferez rapatrier illico dans le Nord de la France (au dessus de Valence pour les ignares en géographie provençale).
Vous en arriveriez presque à souhaiter qu'il pleuve plus souvent pour vous dégager la route pour aller au travail.
Autre constatation.
Toute sage attente bien à l'arrière de l'amas de voitures qui s'agglutine pour prendre la sortie d'une autoroute se concrétisera par 3 heures de bouchon pour vous et uniquement pour vous, le temps de vous faire gruger par les locaux qui remonteront tout le tas de voitures sans aucune vergogne pour s'incruster au dernier moment, genre "oups je rêvais, j'avais oublié que je devais tourner, je viens juste de m'en souvenir".
Et puis un jour l'estranger que vous êtes se perdra dans les ruelles ultra étroites de tout bon centre ville provençal qui se respecte ; il finira par prendre un sens interdit, et se trouver nez à nez avec un autre immatriculé 13, un pur souche celui là. L'estranger suera alors à grosses gouttes et se souviendra de la dernière feria où ,en bon touriste, il avait été le seul immobilisé en face du taureau sur la place du village désertée depuis longtemps.
Dans un dernier moment d'espoir et de survie (le même qu'il avait eu en face du taureau justement), il se mettra à reculer, vite et bien, en évitant de croiser le regard de la bête en furie. Et lorsque rejoignant enfin au bout de la rue le sens correct de la circulation, il osera croiser les yeux du provençal, il sera surpris de découvrir un visage bon enfant et patient, où pas une once d'énervement ne semble transparaître.
Car si le provençal a généralement le sang chaud, il a une tendresse particulière pour celui qui commet une erreur et ne lui en tiendra pas rigueur !
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