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Nous avons vu JJG

Le Bernex
12 février 2008
Article dédié à Corinne de la Réunion

Maintenant je sais pourquoi nous sommes revenus en France.

Le week-end avait fort mal commencé. Lever à 5 heures. Rassemblement de courage de la femme pour réveiller la gente masculine en douceur.
Tentative échouée sur le benjamin de la famille qu'il faudra finalement traîner pieds nus trois quarts d'heure plus tard dans la voiture.
Mais pourquoi le départ de la colonie doit-il avoir lieu à 6 heures 30 sur le parking de l'usine, alors que le trajet ne prend que 5 heures et qu'aucune activité n'est prévue le premier jour ? Bref un horaire pareil ne facilite pas le premier départ pour une première colo pour notre deuxième fiston pourtant habitué aux voyages.
Résultats en chaîne :
- Refus de s'habiller dans la voiture
- Prostrage entre les sièges avant et arrière de la voiture lorsque nous arrivons au point de ralliement
- Courses poursuites sur le parking à côté des bus, ponctuées de dialogues tels que : "- Mais enfin Joachim nous ne te martyrisons pas quand même, c'est en VACANCES que tu pars, et en plus pour SKIER !""- Si, vous me martyrisez (cris à peine étouffés par les sanglots )!"
Je prie pour que dans la centaine de de parents venus accompagner leurs enfants au bus, il n'y se trouve ni une seule assistante sociale, ni un seul pédopsychiatre.
- Devant la porte du bus, blocage du pré-ado dans les bras du Papa, avec tentative de jeu sur la corde normalement sensible de l'ego : "Mais enfin Joachim, tu te rends compte que tu es le seul à te comporter de la sorte ?"
Ultimes essais de rassérénement par l'équipe animatrice, du style "tu sais c'est super la colo, et puis si vraiment tu n'aimes pas, tu ne reviendras plus jamais", etc
Rien ne modifiera la position que notre réfractaire occupe depuis l'aube.

Retour piteux à la maison donc.
Finalement 4 discussions, 6 crises de larmes et mille excuses plus tard (nous allons pouvoir postuler pour les séries américaines sur la vie en famille), la décision est prise d'amener les enfants à la colo par nos propres moyens.
C'est ainsi que nous nous retrouvons à l'aire de Lançon de Provence à une heure de l'après-midi, nerveusement épuisés.
Emmanuel, agacé que la pompe à essence ne semble accepter que le paiement par carte bancaire (que nous avons déjà allégremment pulvérisée par l'achat des billets pour l'Australie!!), se dirige vers la guérite où se tient la caissière, pour obtenir de promptes explications, et passe sans vergogne devant un monsieur casquetté et lunetté, aux tempes grisonnantes, et portant plutôt bien la cinquantaine avec laquelle il semble flirter.
Pendant qu'Emmanuel continue de s'occuper de l'estomac de la voiture, je gère les autres ventres de la famille et me dirige vers la boutique pour choisir les sandwiches. Quelques minutes plus tard alors que je rejoins Emmanuel pour lui poser la question existentielle de "Poulet ou thon pour toi", je le retrouve avec la caissière de tout à l'heure, qui affiche maintenant une mine hilare. Alors que je m'étonne qu'elle prenne si bien le lèger houspillement dont Emmanuel l'a gratifiée quelques instants auparavant, je ne tarde pas à comprendre le pourquoi du comment : Emmanuel avait tout simplement doublé Jean-Jacques Goldman himself, sans même le reconnaître ! JJG qui est quand même un de ses chanteurs français préférés, et dont le poster ramené du concert occupait la moitié de la chambre d'ado de mon chéri quand je l'ai rencontré !!
Nous retournons vers la boutique terminer l'achat des sandwiches. Effectivement, Jean-Jacques se tient bien là, à la machine à café, une main sur son gobelet, et l'autre sur un maxicosy dans lequel se prélasse un bébé de quelques mois.
De femme, point.
Bon sang, pourquoi sommes nous partis si précipitamment de la maison que j'en ai oublié l'appareil photo ? Je tenais là la photo du siècle de JJG fuyant vers la Suisse avec le fruit de ses illégitimes amours !
En fait pas une seule de ces pensées ne traverse mon esprit. Je reste là bêtement, et comme d'habitude dans ces cas-là, je me demande quelle attitude adopter : aller vers lui et le remercier pour ses chansons, ou lui arracher un autographe, ou profiter de l'occasion pour lui poser la question précise qui me taraude sur une de ses chansons ? Et comme d'habitude, je décide plutôt de ne pas l'ennuyer. J'ébauche simplement un sourire, son regard croise le mien au travers de ses petites lunettes de vue ovales, il ne me rend pas de sourire.
Pendant ces quelques secondes d'éternité, les enfants, qui ont enfin compris qu'il y avait un chanteur célèbre dans la station, s'époumonnent à 3 mètres de Jean-Jacques :"Il est où maman, il est où dis ?!"
Eh oui, le plus bizarre c'est que nos enfants ne connaissent rien de lui. Je remonte dans la voiture bien décidée à corriger cela dès notre retour.

Ce matin-même malgré l'atmosphère lourde qui règnait dans la maison, le hasard a voulu que Joachim tombe sous le charme de "Ma liberté" chantée par Reggiani, puis qu'il écoute très attentivement "Le déserteur"de Vian.
C'est décidé, je ressors mes carnets de veillée et maintenant ça va être radio crochet à fond dans la voiture !

Allez, quelques extraits de JJG pour la route :

Là-bas
Tout est neuf et tout est sauvage
Libre continent sans grillage
Ici, nos rêves sont étroits
C'est pour ça que j'irai là-bas

Ton autre chemin
Oh, nous n'étions pas très bavards
Un peu bizarre, un peu à part
J'aimais tes silences et tu aimais les miens
Muets, nous nous entendions bien

Tu étais un peu différent
Et moi, je n'étais pas comme eux
Un peu méprisant pour tous leurs jeux d'enfants
Nous pleurions les yeux dans les yeux

Veiller tard
Ces raisons-là qui font que nos raisons sont vaines
Ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard Article Manager module by by George! Software.

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