Littérature enfantine à l'école
De même que je souhaitais profondément que mes enfants se frottent à l'histoire de France pendant leur scolarité (voir article Cook et Napoléon ), je rêvais du moment où ils auraient leurs premiers coups de foudre pour des écrivains français, un des objectifs de notre résidence actuelle en France étant la découverte in situ de la culture de leur pays de naissance.
Comme notre progéniture a toujours eu beaucoup plus d'attrait pour le clavier que pour le papier, je comptais sur les professeurs pour qu'ensemble nous parvenions à leur faire découvrir les mondes imaginaires, enchanteurs, énigmatiques ou aventuriers de Joseph Kessel, Jules Verne, André Dhôtel, Alain Fournier, Gaston Leroux...
Aussi quand Joachim m'a tendu un soir sa liste de livres à lire pour l'école, je la dépliais avec la même excitation qu'un gamin de 6 ans qui relit 1000 fois sa première liste de cadeaux griffonnée au Père Noël.
Mon excitation retomba bien vite. Objectif : avoir lu 4 livres en 8 semaines, plus rédigé une fiche de lecture dont le seul descriptif occupe déjà une page entière. Arghhhh, j'imagine tous ces foyers français où des blondinets bien sages, aux cheveux lisses et aux pyjamas impeccablement repassés, sagement assis tout droits dans le canapé, se plongent dans des lectures hautement intellectuelles et culturelles pendant des heures chaque soir, pendant que les miens se truicident sur Age of Empire ou cherchent comment fabriquer de l'or sur Dofus.
Mon inquiétude empire à la lecture de la liste.
D'abord la liste ressemble étrangément à celle que j'ai eue en sixième...Or Joachim n'est qu'en CM2, et la maturité d'un enfant en fin de primaire n'est pas celle du "grand" qui débute au collège. De plus cela signifierait que la littérature française enfantine a dormi ces 25 dernières années ??
En même temps vous me direz très justement que les classiques ne se démodent pas, voyons donc de plus près quels chefs d'oeuvre de la littérature enfantine française nous avons là : alors Mon bel oranger, non c'est portugais, Mon ami Frédéric...allemand, Le vieil homme et la mer...américain...Sur 10 livres, 3 français, le petit Prince et les indécrottables récits de jeunesse de Marcel Pagnol. Mais franchement quel gamin d'aujourd'hui peut rêver d'aider son père à aller tuer de pauvres galinettes ?(qui étaient déjà en voie de disparition à l 'époque, alors ça n'a pas dû s'arranger aujourd'hui ?!). De toute façon, passé le premier chapitre, qui retrace les grandes lignes de l'histoire familiale dans un style très ennuyeux pour les enfants, les premières lignes du deuxième chapitre "Les écoles normales primaires étaient à cette époque de véritables séminaires mais l'étude de la théologie y était remplacée par des cours d'anticléricalisme" provoquent la fuite des jeunes lecteurs qui avaient tenu jusque là.
Et dans le style récits qui incitent à la réflexion mais aussi à la rêverie, ne peut-on vraiment proposer rien de mieux ?? Je résume :
Un enfant battu par ses frères et soeurs et qui se confie à un arbre pour survivre psychologiquement,
un enfant juif tué quasiment devant son meilleur ami allemand, parce qu'on lui a refusé l'accès de l'abri anti-bombes,
la descente aux enfers d'un enfant rejeté socialement à cause de son bec de lièvre, et dont l'incapacité à exprimer son amour pour son jeune frère provoque la mort accidentelle de celui-ci
Le petit Prince, d'une tristesse et d'un désespoir infinis, et dont le lecteur juvénile ne peut comprendre la profondeur.
Et si jamais nos enfants ne sont pas encore tombés dans la déprime après toutes ces réjouissantes lectures, on compte maintenant les achever en leur collant sous le nez la photo d'un enfant mort juif à parrainer. A 9 ans. Un âge d'ailleurs auquel l'horreur des camps d'extermination nazis n'est pas encore systématiquement connue par les enfants.
Les pédopsychiatres ont un bel avenir devant eux en France!
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